Avortements spontanés — Guide de référence

Définitions · Étiologies · Diagnostic échographique · Conduite à tenir · Auto-évaluation

Référentiels HAS / CNGOF / ESHRE Actualisé 2026 Usage professionnel
Outil pédagogique de synthèse destiné aux professionnels de santé et étudiants en formation. Il ne remplace pas le jugement clinique, les recommandations en vigueur au moment de la consultation, ni un avis spécialisé. Sources : CNGOF, HAS, ESHRE, OMS.

L'avortement spontané est l'expulsion, avant terme, d'un produit de conception non viable, survenant en dehors de toute tentative volontaire d'interruption de grossesse. La période concernée s'étend de la fécondation jusqu'au seuil de viabilité (22–28 SA selon les référentiels).

TypeDéfinitionRéférentiel
Avortement précoceAvant 12 SAOMS, ESHRE
Avortement tardifEntre 12 et 22 SA (OMS) ou 28 SA (classique)OMS / définition classique

Selon l'OMS, le seuil de 22 SA et 500 g définit la limite inférieure de la viabilité (pays développés). Les avortements tardifs, même isolés, justifient une recherche étiologique d'emblée.

Maladie abortive : le CNGOF retient classiquement 3 fausses couches précoces consécutives avant 14 SA (seuil abaissé à 2 pour les fausses couches tardives, 14-22 SA) ; l'ESHRE (2017/2022) retient 2 pertes quel que soit le terme.
  • Taux apparent global : 100 à 150 avortements pour 1 000 grossesses
  • 15 à 20 % des grossesses cliniquement reconnues aboutissent à un avortement spontané
  • Risque de récidive : 15 % après un 1er avortement · 25 % après deux · 30–45 % après trois

La fréquence réelle est difficile à apprécier en raison des avortements infracliniques non déclarés.

Les causes d'un avortement spontané isolé diffèrent partiellement de celles de la maladie abortive. Pour un avortement isolé précoce, les causes chromosomiques dominent très largement (jusqu'à 70 % avant 6 SA).

CatégorieDétail
Anomalies chromosomiques50–70 % des pertes précoces < 12 SA
  • Trisomies autosomiques (50–60 %)
  • Trisomie 16 (15–20 %) · Monosomie X (15–20 %)
  • Triploïdies (12–20 %) — môle partielle
  • Tétraploïdies (3–7 %) · Anomalies de structure (3–6 %)
  • Mosaïcisme (1–4 %) · Môle hydatiforme complète
Anomalies et pathologies ovulaires directes
  • Malformations fœtales
  • Anomalies funiculaires (insertion vélamenteuse, artère ombilicale unique, agénésie)
  • Hématome décidual basal
  • Rupture prématurée des membranes
  • Défaut d'implantation (grossesse interstitielle ou prævia)
Anomalies utérines et cervicales
  • Malformations congénitales (cloisonné, bicorne, unicorne)
  • Synéchies utérines · Fibromes sous-muqueux · Polypes
  • Béance cervico-isthmique
Anomalies endocriniennes et métaboliques
  • Insuffisance lutéale — rôle classique, dosage non recommandé en routine (ESHRE/ASRM)
  • Dysthyroïdies · Diabète mal équilibré · SOPK/hyperandrogénie
  • Hyperprolactinémie · Cushing · Hyperplasie congénitale des surrénales
Thrombophilies et causes vasculaires
  • Syndrome des antiphospholipides (SAPL) — critère diagnostique majeur
  • Facteur V Leiden · Mutation du gène de la prothrombine
  • Déficits en protéine C, protéine S, antithrombine III
Causes infectieuses
  • Bactériennes : Listeria, Chlamydia, mycoplasmes, syphilis, brucellose, germes banals
  • Parasitaires : toxoplasmose, paludisme
  • Virales : CMV, herpès, rubéole, parvovirus B19, VIH
Causes immunologiques
  • Lupus érythémateux disséminé
  • Facteurs immunitaires cellulaires (non consensuel)
Maladies maternelles générales sévères
  • HTA sévère · Cardiopathie · Insuffisance rénale
  • Anémie sévère · Allo-immunisation Rh
  • Dénutrition/avitaminose · Néoplasie · Maladies psychiques sévères
Facteurs environnementaux et mode de vie
  • Tabac, alcool, substances · Âge maternel avancé · Obésité
  • Exposition professionnelle · Traumatismes abdominaux
Facteurs paternels
  • Anomalies du caryotype paternel · Fragmentation de l'ADN spermatique
Causes iatrogènes
  • Amniocentèse (< 0,3 % sous échoguidage) · Choriocentèse · Radiations · Médicaments tératogènes
Avortement tardif isolé : rechercher en priorité une cause mécanique, funiculaire ou déciduale, ou une infection materno-fœtale (listériose) — investigation d'emblée, même sans récidive.
Critères de certitude (CNGOF, consensus international) :
  • LCC embryonnaire ≥ 7 mm sans activité cardiaque
  • Diamètre moyen du sac gestationnel ≥ 25 mm sans embryon visible

En deçà de ces seuils, la grossesse est d'évolutivité incertaine : un contrôle s'impose avant toute conclusion.

Situation initialeDélai de contrôle minimal
Embryon < 7 mm, sans activité cardiaque≥ 7 jours
Sac < 25 mm, vésicule vitelline présente, embryon absent≥ 11 jours
Sac < 25 mm, sans vésicule vitelline visible≥ 14 jours
À jour : seuils issus de la révision post-2013 (critères Doubilet) — l'ancien seuil de 6 mm / 20 mm est abandonné, exposant sinon à des faux positifs.

5.1 Grossesse anembryonnaire (« œuf clair »)

Sac ovulaire au trophoblaste apparemment normal, sans embryon ni vésicule vitelline.

  • Forme confirmée (sac ≥ 25 mm) : sac hypertonique, sphérique, contours nets, souvent dès 8-9 SA en échographie endovaginale moderne
  • Forme précoce (sac < 25 mm) : contrôle à distance selon le tableau ci-dessus

5.2 Rétention d'œuf mort avec embryon visible

  • Embryon ≥ 7 mm sans activité cardiaque : arrêt certain
  • Embryon < 7 mm : contrôle à ≥ 7 jours avant conclusion

5.3 Avortement spontané en cours

Diagnostic clinique. Échographie : sac déformé par le col, trophoblaste partiellement expulsé.

5.4 Rétention ovulaire partielle

  • Cavité distendue par échos denses, hétérogènes (> 20 mm d'épaisseur)
  • Rétention de caduque (non vraie rétention) à distinguer d'une rétention vraie
  • Rétention prolongée → fibrose/calcification = « polype placentaire »

5.5 Utérus vide

Cavité linéaire, plus ou moins échogène. Évoquer systématiquement une GEU en cas de doute ; la décroissance rapide de l'hCG oriente vers l'avortement complet.

6.1 Échographie (examen clé)

  • Confirme la grossesse intra-utérine
  • Date la grossesse : sac (dès 5 SA), LCC (dès 6 SA)
  • Vitalité : embryon (5,5–6 SA), activité cardiaque (7 SA), mouvements actifs (8 SA)
  • Oriente l'étiologie : béance, malformation, fibrome, décollement

6.2 Autres examens

  • NFS, groupe Rh
  • β-hCG sériques — une absence de progression ≥ 66 % à 48h ou une décroissance est évocatrice de non-viabilité
  • Prélèvements bactériologiques selon contexte
  • Saignements non gravidiques : lésion cervicale ou vaginale — spéculum, frottis/biopsie au moindre doute
  • Forme pseudo-abortive de la GEU : MLU+, caduque sans villosités choriales, échographie et cœlioscopie
  • Môle hydatiforme : utérus trop gros/mou pour le terme, β-hCG très élevées — échographie diagnostique
  • Métrorragies gynécologiques : test de grossesse négatif, vacuité utérine échographique
  • Hémorragie : état de choc, perforation, lacération cervicale
  • Infection : endométrite, pelvipéritonite, choc septique (surtout avortement incomplet/septique)
  • CIVD : rétention prolongée (> 6 semaines) au 2ᵉ trimestre — devenue rare avec la prise en charge précoce
  • Perforation utérine (curetage)
  • Complications tardives : synéchies, GEU ultérieure, stérilité tubaire, iso-immunisation Rh

9.1 Menace d'avortement

  • Repos : mesure de confort, efficacité non démontrée (Cochrane)
  • Antispasmodiques si menace légère · Abstinence sexuelle
  • Progestérone (PRISM 2019, NICE 2021) : bénéfice démontré chez la femme avec saignement et antécédent de fausse couche, jusqu'à 16 SA
Anti-D — CNGOF 2024 : l'immunoglobuline anti-D n'est plus recommandée avant 12 SA pour fausse couche, grossesse arrêtée, IVG ou métrorragies du 1er trimestre. Indication maintenue au-delà de 12 SA.

9.2 Avortement complet

Douleurs et hémorragie en régression rapide, échographie sans image trophoblastique → ne rien entreprendre. Utérotoniques (Méthergin®). Anatomopathologie systématique du produit.

9.3 Avortement incomplet

  • Aspiration endo-utérine : méthode de première intention, jusqu'à 14 SA au moins (OMS, CNGOF)
  • Curetage : de moins en moins utilisé en 1ʳᵉ intention (risque de perforation, synéchies)
  • Évacuation retardée si infection ovulaire : 24-36h après traitement anti-infectieux (sauf hémorragie vitale)

9.4 Rétention intra-utérine

  • 1er trimestre : aspiration après préparation cervicale éventuelle
  • 2ᵉ trimestre : bilan d'hémostase, expulsion par misoprostol (Gymiso®) ± mifépristone (Mifegyne®) 36-48h avant — protocole de référence
  • Sérum salé intra-amniotique / hystérotomie : méthodes exceptionnelles, quasi historiques
  • Anti-D après 12 SA · Parlodel® si > 15 SA (vérifier absence de contre-indication CV/neuro/psy)

9.5 Avortements à répétition — bilan

  • NFS, VS, glycémie/HGPO, créatinine, protéinurie 24h, hémostase, bilan lipidique
  • Hystérographie ± hystéroscopie · Bilan hormonal (thyroïde, androgènes)
  • Anticorps antiphospholipides, anti-DNA (anti-lymphocytes paternels : non recommandé, ESHRE 2022)
  • Caryotype des parents si ≥ 3 avortements ou anomalie structurelle identifiée

9.6 Traitement étiologique

  • Chirurgical : cerclage, myomectomie, hystéroplastie, section de cloison
  • SAPL confirmé : aspirine + HBPM (grade A) — pas d'immunothérapie non validée
  • Endocrinien, anti-infectieux ciblé, conseil génétique

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Rapport de session