Bandelette urinaire — Protéinurie

Lecture semi-quantitative · Limites fondamentales · Pièges diagnostiques
KDIGO 2024 Outil de dépistage Gynécologie–Obstétrique
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Résultats de lecture — correspondances semi-quantitatives
Résultat Concentration indicative Commentaire clinique Niveau
Négatif< 30 mg/LEn dessous du seuil de détection de l'albumineNormal
Trace~ 100–150 mg/LÀ recontrôler sur 2e échantillon matineuxÀ surveiller
+~ 300 mg/L (0,3 g/L)Protéinurie significative — quantification requiseSignificatif
++~ 1 000 mg/L (1 g/L)Atteinte glomérulaire à évoquer en prioritéÉlevé
+++~ 3 000 mg/L (3 g/L)Syndrome néphrotique possibleTrès élevé
++++> 3 000 mg/L (> 3 g/L)Protéinurie massive — bilan néphrologique urgentCritique
Les seuils exacts varient selon le fabricant (Siemens Multistix®, Roche Combur®, etc.). Cette correspondance est indicative — ne pas substituer à la quantification sur 24h ou au ratio albumine/créatinine.
Limite fondamentale — ce que la bandelette ne détecte pas
La bandelette est sélective pour l'albumine — résultat négatif ≠ absence de protéinurie pathologique
  • Albuminurie modérément augmentée (stade A2 KDIGO) : 30–300 mg/g créatinine — la bandelette reste négative. C'est le principal dépistage manqué chez les patients diabétiques et hypertendus.
  • Chaînes légères monoclonales (protéine de Bence Jones, myélome multiple) — bandelette faussement négative malgré une protéinurie totale importante, car la bandelette ne détecte pas les immunoglobulines légères.
  • Protéinurie tubulaire (béta-2 microglobuline, alpha-1 microglobuline, protéines de faible poids moléculaire) — souvent très sous-estimée.
  • Protéinurie de surcharge (hémoglobinurie, myoglobinurie) — peut coexister avec une bandelette protéines négative.
Règle pratique : une bandelette négative n'élimine jamais une atteinte rénale débutante chez un patient diabétique, hypertendu ou suspect de myélome. Prescrire systématiquement le ratio albumine/créatinine urinaire (ACR) sur miction isolée.
Faux positifs — causes d'interférence
Urine alcaline (pH > 7)
Urine très concentrée (densité > 1,025)
Infection urinaire / leucocyturie
Hématurie macroscopique ou menstrues
Contamination par antiseptiques (chlorhexidine)
Fièvre, effort physique intense, déshydratation
En cas de trace ou de 1+, toujours recontrôler sur un 2e échantillon matineux, à distance de tout facteur interférant. La persistance sur 2 examens espacés d'au moins 1 semaine définit la protéinurie pathologique.
Conditions pré-analytiques
  • Récipient propre ou stérile — éviter les contenants souillés par détergents.
  • Premier jet matineux préférable pour la bandelette (urine concentrée).
  • 3 types de recueil selon l'objectif clinique :
    • Urines de 24h — étalon-or pour la protéinurie totale
    • Ratio albumine/créatinine — miction isolée, pratique, validé KDIGO
    • Recueil sur période courte (4–12h) — situations particulières
  • Conservation : à +4 °C avant envoi au laboratoire.
Indications du dépistage
Diabète — ACR annuel systématique Hypertension artérielle Grossesse (pré-éclampsie) Lupus érythémateux systémique Bilan systématique enfant / adulte Suspicion myélome — associer électrophorèse
KDIGO 2024 : toute albuminurie ≥ 30 mg/g créatinine (stade A2) persistante est un marqueur indépendant de risque rénal et cardiovasculaire, quelle que soit la bandelette.
En pratique — seuils décisionnels
  • Négatif ou trace isolé sans facteur de risque : résultat rassurant — recontrôler si contexte suspect (grossesse, diabète, HTA) ou si persistant.
  • ≥ 1+ (≥ 300 mg/L) — protéinurie significative : quantification sur 24h ou ratio ACR + recherche étiologique orientée (glomérulaire, tubulaire, myélome).
  • Microalbuminurie (30–300 mg/g créat) — bandelette négative : doser systématiquement l'ACR chez tout diabétique et hypertendu, indépendamment de la bandelette.
  • Protéinurie persistante > 150 mg/24h = maladie rénale chronique jusqu'à preuve du contraire. Orientation vers la néphrologie.