Références : HAS • CNGOF • ESHRE 2023 • Dr Kara-Zaitri M.A. • Mise à jour 2025
← Faire défiler les onglets →
1. Estradiol plasmatique (E2)
L'estradiol (17β-estradiol) est le principal estrogène produit par l'ovaire (cellules de la granulosa folliculaire). Il est mesuré par dosage radio-immunologique (RIA) ou immuno-enzymatique (ELISA). Le prélèvement s'effectue sur tube sec (sang veineux).
Phase du cycle
Valeurs normales
Pic / Nadir
Phase folliculaire (J3–J12)
30–150 pg/mL
Valeur de base ≈ 50 pg/mL
Pic pré-ovulatoire (J12–J14)
200–400 pg/mL
Pic ≈ 300 pg/mL
Phase lutéale (J16–J28)
80–250 pg/mL
Valeur plateau ≈ 100 pg/mL
Péri-ménopause
Variable, souvent < 50 pg/mL
—
Ménopause (confirmée)
< 20 pg/mL
—
Quand doser l'E2 ?
Principalement en bilan d'infértilité (J2–J3), en surveillance de stimulation ovarienne (suivi folliculaire), et pour confirmer une insuffisance ovarienne. En pratique courante, l'E2 isolé est peu utile sans contexte ; l'échographie pelvienne reste complémentaire.
2. Progestérone (P4)
La progéstérone est sécrétée par le corps jaune après l'ovulation. Son dosage en phase lutéale (J20–J24 d'un cycle à 28 jours) permet de confirmer l'ovulation et d'évaluer la qualité du corps jaune.
Situation
Valeur
Interprétation
Phase folliculaire
< 1 ng/mL
Normal (absence de corps jaune)
Phase lutéale — ovulation confirmée
≥ 10–12 ng/mL
Corps jaune fonctionnel
Phase lutéale — seuil minimal
≥ 3 ng/mL
Ovulation probable
Insuffisance lutéale
< 10 ng/mL en milieu de phase
Corps jaune insuffisant
Ménopause
< 0,5 ng/mL
Normal post-ménopausique
Point pratique
Le dosage de la progéstérone doit être réalisé au bon moment : J20–J24 pour un cycle de 28 jours, soit 7 jours après l'ovulation présumée. Un dosage effectué trop tôt ou trop tard peut faussement évoquer une insuffisance lutéale.
3. Gonadotrophines hypophysaires (FSH & LH)
La FSH (hormone folliculo-stimulante) et la LH (hormone lutéinisante) sont secrétées par l'antéhypophyse sous contrôle de la GnRH hypothalamique. Leur dosage est capital dans tout bilan ovarien.
Paramètre
Phase folliculaire (J2–J5)
Pic ovulatoire
Phase lutéale
Ménopause
FSH
3–10 UI/L
6–26 UI/L
1,5–7 UI/L
> 25 UI/L
LH
2–15 UI/L
16–104 UI/L (pic)
0,5–9 UI/L
> 15 UI/L
Ratio LH/FSH
≈ 1
—
—
—
Interprétation du ratio LH/FSH
Un ratio LH/FSH > 2–3 en début de phase folliculaire (J3) oriente vers un syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). Une FSH élevée (> 10–12 UI/L à J3) est un marqueur précoce de diminution de la réserve ovarienne.
4. Prolactine (PRL)
La prolactine est dosée systématiquement dans tout bilan d'aménorrhée ou d'infertilité. Elle peut inhiber l'axe gonadotrope par effet dopaminergique.
Situation
Valeur normale
Seuil pathologique
Femme en âge de procreer (hors grossesse)
< 20 ng/mL (< 425 mUI/L)
> 25 ng/mL
Grossesse (T3)
Jusqu’à 200–400 ng/mL
Physiologique
Macro-adénome probable
—
> 200 ng/mL
Pièges du dosage PRL
Doser à jeun, le matin, au repos (éviter stress). La macroprolactinémie (complexes PRL-IgG) peut donner de faux positifs ; vérifier par précipitation au polyéthylène glycol (PEG) en cas de doute clinique.
5. Androgènes ovariens
L'ovaire produit environ 25% de la testostérone circulante et la majeure partie de l'androstènedione. En cas d'hyperandrogénie, le bilan distingue l'origine ovarienne (SOPK) de l'origine surrénalienne.
Hormone
Valeur normale (femme)
Seuil d'hyperandrogénie
Testostérone totale
0,15–0,70 ng/mL
> 0,70 ng/mL
Testostérone libre (calculée)
1–3,5 pg/mL
> 3,5 pg/mL
SDHEA (sulfate de DHEA)
35–430 μg/dL
> 700 μg/dL (surrénalien)
Androstènedione
0,5–3,5 ng/mL
> 3,5 ng/mL
17-OH-Progestérone
< 2 ng/mL (phase folliculaire)
> 2 ng/mL → HCS à exclure
Concept de réserve ovarienne
La réserve ovarienne correspond au stock folliculaire restant à un instant donné. Ce stock est maximal à la naissance (≈ 1 million de follicules primordiaux), puis décroît irréversiblement par atrésie (≈ 300 000 à la puberté, < 1 000 à la ménopause). L'accélération de cette décroîssance définit la diminution de réserve ovarienne (DRO).
AMH : avantages clés
Dosable à n'importe quel moment du cycle (reflet du pool folliculaire total). Stable d'un cycle à l'autre. Non modifiée par la prise de contraception orale (contrairement à la FSH). Meilleur marqueur individuel de réponse ovarienne en FIV selon ESHRE 2019.
Critères diagnostiques de l'IOP (Insuffisance Ovarienne Prématurée)
Définition ESHRE 2016 : aménorrhée ≥ 4 mois avant 40 ans + FSH > 25 UI/L à 2 reprises à ≥ 4 semaines d'intervalle.
Critère
Valeur seuil
Répétition requise
FSH
> 25 UI/L
2 dosages à ≥ 4 semaines d'intervalle
Aménorrhée
≥ 4 mois
—
Âge
< 40 ans
—
E2
< 20 pg/mL (souvent)
Confirmatoire
AMH
Très basse ou indosable
Orienting mais non obligatoire
▶ Outil d'orientation : profil de réserve ovarienne
Profil
1. Test au clomifène (CCCT — Clomiphene Citrate Challenge Test)
Exploré la réactivité de l'axe hypophyso-ovarien. Protocole classique : FSH basale (J3), citrate de clomifène 100 mg/j J5–J9, FSH contrôle (J10).
Résultat
Critère
Interprétation
Normal
FSH J3 et FSH J10 < 10 UI/L
Réserve ovarienne satisfaisante
Anormal (1)
FSH J3 ≥ 10 UI/L
DRO dès le dosage basal
Anormal (2)
FSH J10 ≥ 10 UI/L (J3 normale)
DRO démaskée par le test
Anormal (3)
Somme J3 + J10 ≥ 26 UI/L
DRO confirmée (critère de Scott)
Place actuelle du CCCT
Le test au clomifène est aujourd'hui supplanté par l'AMH et le CFA, plus simples et plus informatifs. Il garde une indication lors de discordances biologico-échographiques ou avant stimulation ovarienne à risque élevé.
2. Test à la GnRH (Gonadoréline)
Mesure la réponse hypophysaire (FSH et LH) après injection en bolus de GnRH (100 μg IV). Utilisé pour distinguer une insuffisance gonadotrope centrale d'une cause ovarienne.
Condition
Réponse LH / FSH
Conclusion
Hypophyse saine
LH ×3–10 / FSH ×1,5–3
Axe central intact
Hypogonadisme hypo-gonadotrope
Réponse < ×2 (faible)
Origine hypophysaire ou hypothalamique
IOP / ménopause
FSH et LH déjà élevées — peu de variation
Origine ovarienne
Pubertale
LH prédomine sur FSH
Axe pubertaire activé
3. Test aux progestatifs
Évalue l'imprégnation estrogénique et la fonctionnalité de l'endomètre. Protocole : progestatif (ex. dydrogestérone 10 mg/j ou médroxyprogestérone 10 mg/j) pendant 10 jours ; hémorragie de privation attendue dans les 2–7 jours après l'arrêt.
Carence estrogénique profonde • Synéchie utérine • Endomètre non réactif
Algorithme aménorrhée secondaire
1. Exclure grossesse (hCG) • 2. TSH + PRL • 3. FSH + LH + E2 • 4. Test aux progestatifs • 5. Si HDR négative : test oestro-progestatif pour éliminer synéchie • 6. Bilan hypophysaire si FSH↓ • 7. Si FSH ↑ : bilan IOP complet
4. Test à l'hCG (stimulation du corps jaune)
Injection d'hCG (1 500–5 000 UI IM/SC) en phase folliculaire tardive. Dosage de la progestérone 5 jours après l'injection.
Progestérone J5 post-hCG
Interprétation
≥ 10 ng/mL
Fonction lutéale potentielle satisfaisante
< 10 ng/mL
Corps jaune insuffisant ou absence de follicule dominant
Profils hormonaux types
Profil clinique
FSH J3
LH J3
E2 J3
AMH
PRL
PROFILS NORMAUX
Cycle ovulatoire normal
3–10
2–12
< 60
> 1,5
< 20
PROFILS PATHOLOGIQUES
DRO / réponse ovarienne dim.
↑ >10
N ou ↑
< 60
↓ <1
N
Insuffisance ovarienne prématurée (IOP)
↑↑ >25
↑↑
↓ <20
Très ↓
N
Ménopause physiologique
>25
>15
<20
Indosable
N
SOPK
N ou ↓
↑ >10
N ou ↓
↑↑ >3,5
N
Hypo-gonadisme hypo-gonadotrope
↓ <3
↓ <1
↓
Variable
N ou ↑
Hyperprolactinémie
↓ ou N
↓ ou N
↓
Variable
↑↑
Insuffisance thyroïdienne
N
N
Variable
N
↑ (secondaire)
Axe hypothalamo-hypophyso-ovarien (HHO) : résumé
Boucle de rétrocontrôle négatif
En phase folliculaire, l'estradiol (produit par les cellules de la granulosa) inhibe la sécrétion de FSH hypophysaire. L'inhibine B (sécrétée par les follicules en croissance) renforce cette inhibition.
Pic LH pré-ovulatoire
Lorsque l'E2 dépasse ≈ 200 pg/mL pendant > 36h, le rétrocontrôle devient positif : pic de LH (et FSH) déclenchant l'ovulation dans les 36–40h suivantes.
Marqueurs indirects d'ovulation
Pic LH urinaire (tests OPK) • Hausse température basale (+0,3–0,5°C) • Progestérone ≥ 10 ng/mL à J21 • Disparition du follicule dominant à l'échographie
Phase lutéale normale
Durée fixe : 14 ± 2 jours. Corps jaune sécrète progestérone + estradiol. En absence de grossesse : lysè du corps jaune → chute hormonale → menstruation.
Anomalies de la phase lutéale
Anomalie
Critères biologiques
Conséquence clinique
Insuffisance lutéale
P4 < 10 ng/mL à J21 (cycles 28j)
Infértilité, FCS précoces
Phase lutéale courte
< 11 jours de durée lutéale
Dysfonction reproductrice
Sécrétion pulsatile de P4
Variabilité > 50% d'un dosage à l'autre
Faux négatifs si dosage unique
Bilan d'infértilité (bilan hormonal de 1re intention)
Examen
Moment optimal
Objectif
FSH + LH + E2
J2–J4 du cycle
Réserve, axe gonadotrope
AMH
N'importe quand (stable)
Réserve ovarienne
Progestérone
J20–J24 (cycle 28j)
Confirmation ovulation
PRL
Matin, à jeun, au repos
Inhibition gonadotrope
TSH
N'importe quand
Dysthyroïdie (cause à éliminer)
Testostérone + SDHEA
Phase folliculaire
Hyperandrogénie (SOPK, HCS)
Échographie pelvienne (CFA)
J2–J5
Morphologie ovarienne, CFA
Avant FIV / stimulation ovarienne
Le bilan pré-FIV évalue la réponse attendue et guide le protocole de stimulation.
Profil de réponse
AMH
FSH J3
CFA
Protocole FIV conseillé
Hyper-répondeuse
> 3,5 ng/mL
< 6
≥ 20
Antagoniste + doses FSH réduites (risque SHSO)
Réponse normale
1,5–3,5
6–10
8–16
Long agoniste ou antagoniste standard
Réponse diminuée
0,5–1,5
10–15
4–7
Antagoniste + high dose FSH (300–450 UI/j)
Pauvre répondeuse (POSEIDON)
< 0,5
> 15
≤ 3
Protocoles alternatifs / don d'ovôcytes à discuter
Critères POSEIDON (2016)
Groupe 1 : < 35 ans, bonne réserve, réponse inattendue • Groupe 2 : ≥ 35 ans, bonne réserve, réponse inattendue • Groupe 3 : < 35 ans, mauvaise réserve • Groupe 4 : ≥ 35 ans, mauvaise réserve. Pour chaque groupe, des protocoles spécifiques et seuils de FSH/dosi sont recommandés.
Surveillance de la stimulation ovarienne
Paramètre
Seuil de déclenchement
Critère de risque SHSO
E2
≥ 200 pg/mL par follicule ≥ 18 mm
> 3 500 pg/mL
Nb follicules ≥ 15 mm
≥ 3 follicules (FIV)
≥ 15 follicules
Follicule pré-ovulatoire
Diamètre ≥ 18–22 mm
—
Action déclenchement
hCG 5 000–10 000 UI ou agoniste GnRH
Préférer agoniste si risque SHSO
Surveillance de la ménopause / bilan péri-ménopausique
Examen
Indication
Seuil / Valeur attendue
FSH + E2
Diagnostic de ménopause
FSH > 25 UI/L + E2 < 20 pg/mL (2 dosages)
TSH
Systématique (symptômes proches)
0,4–4,0 mUI/L
PRL
Si aménorrhée précoce < 40 ans
< 25 ng/mL
NFS, bilan lipidique, glycémie
Bilan de prévention THM
Selon normes laboratoire
Mammographie Échographie mammaire
Avant THM
—
Rappel THM (HAS 2021)
Le traitement hormonal de la ménopause est indiqué en l'absence de contre-indication, pour les symptômes invalidants. Préférer l'estradiol transderm&ique + progéstérone naturelle micronisée. Réévaluation annuelle. La surveillance hormonale n'est pas utile en routine sous THM.