Obstétrique — Outil clinique interactif
Nausées & Vomissements de la Grossesse
Score PUQE · Hyperémèse gravidique · Prise en charge ambulatoire et hospitalière
NVG / HG
📅 Mise à jour 2024 📄 Réf : CNGOF 2022 · RCOG 2024 · ACOG 2024 · Cochrane 📋 Dr KARA-ZAITRI M.A. — Gynécologue-Obstétricien, Tlemcen

Définitions & épidémiologie

• NVG (Nausées & Vomissements de Grossesse)
Symptômes nauséeux ± vomissements survenant au 1er trimestre, sans cause organique identifiée. Forme physiologique dans l'immense majorité des cas.
⚠ Hyperémèse Gravidique (HG)
Forme sévère et prolongée : vomissements intractables, amaigrissement > 5 % du poids pré-gestationnel, déshydratation, perturbations métaboliques et nécessitant une prise en charge médicale active.

Épidémiologie

FormePrévalenceÂge gestationnel typique
NVG légères à modérées70 – 85 % des grossessesSA 5 – SA 12
NVG persistantes au 2e T~15 %Jusqu'à SA 20 voire au-delà
Hyperémèse gravidique0,3 – 3 %Pic SA 8 – SA 12
Nécessitant hospitalisation0,5 – 1 %SA 6 – SA 16

Facteurs de risque

Facteurs de risque d'HG

  • Antécédent personnel d'HG (récurrence 15–20 %)
  • Antécédent familial (mère, sœur)
  • Grossesse multiple ou môle hydatiforme
  • Grossesse avec fœtus de sexe féminin
  • IMC élevé avant grossesse
  • Nulliparité
  • Maladie trophoblastique
  • Hydrops fœtalis
  • Grossesse molaire

Mécanismes physiopathologiques

  • β-hCG : pic à SA 10–12, corrélation avec sévérité NVG
  • Progestérone : ralentissement vidange gastrique
  • Helicobacter pylori : association suggérée dans HG sévère
  • Prédisposition génétique (gènes GDF15, IGFBP7)
  • Dysfonction thyroïdienne transitoire (hyperthyroïdie biologique ± clinique)
  • Facteurs psychosociaux (facteur amplifiant, non causal)
💡 Point clé physiopathologique 2023–2024
Des études récentes (Fejzo et al., Nature 2023) ont identifié GDF15 (Growth Differentiation Factor 15), produit par le trophoblaste, comme facteur causal majeur de l'HG. Les femmes avec faible exposition pré-gestationnelle au GDF15 (génétique ou non) sont les plus susceptibles. Cette découverte ouvre des perspectives thérapeutiques ciblées.

Diagnostic clinique

Le diagnostic de NVG/HG est clinique et d'exclusion. Il repose sur l'anamnèse, l'examen clinique et l'élimination des causes organiques de vomissements.

Signes cliniques

  • Nausées matinales (mais peuvent être toute la journée)
  • Vomissements alimentaires puis bilieux
  • Intolérance gustative et olfactive
  • Hypersalivation (ptyalisme)
  • Perte d'appétit, restriction alimentaire sévère
  • Asthénie, retentissement fonctionnel
  • Signes de déshydratation (HG)
  • Perte de poids > 5 % (HG)

Évaluation du retentissement

  • Pesée systématique (perte de poids %)
  • Fréquence quotidienne des vomissements
  • Natrémie, kaliémie (signes d'alerte)
  • Signes de déshydratation clinique
  • Bandelette urinaire : cétonurie
  • Retentissement sur qualité de vie (PUQE)
  • Retentissement professionnel et social

Diagnostics différentiels à éliminer

⚠ Signes d'alarme nécessitant investigations complémentaires
Vomissements débutant après SA 10, fièvre, douleurs abdominales intenses, signes neurologiques, hématurie, dysurie, diarrhée → évoquer une cause organique
Diagnostic différentielArguments orienteursExamen clé
Gastro-entérite aiguëDiarrhée, fièvre, contexte épidémiqueClinique ± NFS-CRP
Appendicite aiguëDouleur FID, défense, fièvreEchographie, NFS
Grossesse molaireβ-hCG très élevé, utérus grosEchographie pelvienne
Grossesse multipleUtérus volumineux, NVG précoces++Echographie
Pyélonéphrite aiguëFièvre, lombalgies, brûlures mictionnellesBU, ECBU, échographie
Pancréatite aiguëDouleur épigastrique ceinturante, vomissementsLipasémie, échographie
Hépatite viraleIctère, transaminases ↑Bilan hépatique, sérologies
Hyperthyroïdie vraieTachycardie, tremblements, chaleurTSH, T4 libre
Pathologie neurologiqueCéphalées, syndrome méningé, HTICAvis neurologique, imagerie
Intoxication alimentaireDébut brutal, contexte ± collectifClinique

Hyperthyroïdie gestationnelle transitoire

L'hyperthyroïdie biologique est retrouvée dans 60 % des cas d'HG (TSH basse, T4 libre élevée), secondaire à la stimulation des récepteurs TSH par l'hCG. Elle est transitoire, asymptomatique et ne nécessite pas de traitement antithyroïdien.

⚠ Distinguer hyperthyroïdie gestationnelle transitoire vs maladie de Basedow
  • Antécédents de dysthyroïdie ± anticorps anti-récepteurs TSH (TRAK) positifs → Basedow
  • Absence d'exophtalmie, de goitre, de signes cliniques d'hyperthyroïdie → Gestationnelle
  • Normalisation spontanée après SA 14–16 → Gestationnelle

Score PUQE — Pregnancy-Unique Quantification of Emesis

Le score PUQE est l'outil de référence pour quantifier la sévérité des NVG. Il évalue 3 dimensions sur les 12 dernières heures. Score total de 3 à 15.

1. Pendant combien d'heures avez-vous eu des nausées ou mal au cœur ?
2. Combien de fois avez-vous vomi ou eu des haut-le-cœur ?
3. Combien de fois avez-vous eu des haut-le-cœur sans vomir ?
Score PUQE
--

Interprétation du score PUQE

Score PUQESévéritéOrientation
3 – 6NVG légèresPrise en charge ambulatoire, mesures hygiéno-diététiques, ± traitement oral
7 – 12NVG modéréesTraitement médicamenteux oral, réévaluation rapide à 24–48 h
13 – 15NVG sévères (HG)Hospitalisation ± réhydratation IV à discuter, bilan complet
🔔 Limites du score PUQE
Le PUQE évalue uniquement les 12 dernières heures. Il est complémentaire de l'évaluation clinique (poids, déshydratation, cétonurie) et ne se substitue pas au jugement clinique global. Une version PUQE-24 h existe et peut être préférée en pratique.

Bilan paraclinique

NVG légères à modérées (score PUQE 3–12, poids stable)

✓ Bilan minimal ambulatoire
  • Bandelette urinaire (BU) : cétonurie, protéinurie, leucocyturie
  • Échographie obstétricale : vitalité, datation, grossesse multiple, môle
  • β-hCG qualitatif (si non confirmée) — quantitatif si discordance
  • Groupage sanguin ABO-Rh si non fait

Hyperémèse gravidique (score PUQE 13–15, perte poids > 5 %, signes sévères)

ExamenJustification clinique
NFS — plaquettesAnémie, hémoconcentration
Ionogramme sanguin completHyponatrémie, hypokaliémie, hypochlorémie
Urée — créatinineInsuffisance rénale fonctionnelle sur déshydratation
Glycémie à jeunHypoglycémie par jeûne prolongé
ASAT — ALAT — GGT — PALHépatite sur HG (cytolyse modérée possible)
Bilirubine totale / conjuguéeCholestase associée
Lipase (si douleur abdominale)Pancréatite aiguë sur lithiase
TSH — T4 libreHyperthyroïdie gestationnelle ou Basedow
BU + ECBUInfection urinaire déclenchante
Échographie obstétricaleMôle, grossesse multiple, pathologie
Échographie abdominaleLithiase biliaire, pancréatite si douleur
ECG (si hypokaliémie)Arythmies sur hypokaliémie sévère

Bilan nutritionnel (HG prolongée > 3 semaines)

⚠ Carences à rechercher en cas d'HG prolongée
  • Thiamine (B1) : dosage si HG > 3 semaines — risque d'encéphalopathie de Wernicke (urgence)
  • Folates (B9) : déficit fréquent sur restriction alimentaire
  • B12 : évaluer en cas de vomissements prolongés
  • Zinc : déficit possible, rôle dans antiémèse
  • Albumine : état nutritionnel global (dénutrition sévère)
  • Phosphorémie : avant réalimentation (risque syndrome de renutrition)
⚠ URGENCE — Encéphalopathie de Wernicke
Toute patiente avec HG prolongée (≥ 3 semaines) présentant confusion, troubles oculomoteurs, ataxie doit recevoir de la thiamine IV immédiatement (avant tout apport glucosé). Ne pas attendre le dosage biologique.

Algorithme thérapeutique

1
Mesures hygiéno-diététiques (toutes les patientes)
Fractionner les repas (6–8 prises/j) · Aliments froids ou à température ambiante · Éviter odeurs fortes · Séparer solides et liquides · Gingembre (250 mg x4/j) · Repos en décubitus latéral gauche · Éviter aliments gras, épicés · Supplément en vitamine B6 (pyridoxine)
2
1re ligne médicamenteuse (NVG légères à modérées)
Antihistaminiques H1 (doxylamine ± pyridoxine) · Métoclopramide · Métopimazine · Dimenhydrinate
3
2e ligne (NVG modérées à sévères, échec 1re ligne)
Prochlorpérazine · Prométhazine · Ondansétron (à partir du 2e trimestre en 1re intention, rigueur au 1er T) · Corticoïdes (méthylprednisolone)
4
Prise en charge hospitalière (HG)
Réhydratation IV · Antiémétiques IV · Thiamine IV · Correction des troubles électrolytiques · Nutrition entérale si nécessaire

Médicaments détaillés

Doxylamine + Pyridoxine
Doxylamine 10 mg + Pyridoxine (B6) 10 mg
1re ligne
Posologie2 cp au coucher ± 1 cp matin et midi selon besoin (max 4 cp/j)
VoiePer os (LP de préférence)
SécuritéDonnées rassurantes sur 200 000 expositions. Recommandé en 1re ligne (ACOG, RCOG). Sédation possible.
PrécautionsGlaucome, rétention urinaire, ne pas conduire. Délai d'action : 30–60 min
Métoclopramide
Métoclopramide 10 mg
1re ligne
Posologie10 mg x 3/j PO ou IM ou IV
DuréeMax 5 jours consécutifs (risque dyskinésies tardives)
SécuritéUtilisable au 1er trimestre, données rassurantes. Pas de tératogénicité démontrée
PrécautionsSyndromes extrapyramidaux possibles (rares). Éviter si antécédents de dyskinésies
Métopimazine
Métopimazine 7,5 mg
1re ligne
Posologie7,5 mg x 2–3/j PO ou suppositoire
SécuritéPhénothiazine antiémétique, données rassurantes au 1er trimestre. Utilisé en pratique française
AvantageForme suppositoire utile si vomissements empêchent prise orale
Ondansétron
Ondansétron 4–8 mg (anti-5HT3)
2e ligne
Posologie4–8 mg x 2–3/j PO ou IV
SécuritéSignal de fente palatine au 1er trimestre (méta-analyses discordantes). Prudence avt SA 10, utilisable à partir du 2e T en 2e ligne. RCOG 2024 : usage possible avec information
PrécautionsAllongement QT (ECG si facteurs de risque). Constipation. Mal des transports
Méthylprednisolone
Corticostéroïde systémique
3e ligne / HG réfractaire
Posologie16 mg x 3/j IV ou PO, décroissance progressive sur 2 semaines
IndicationHG réfractaire aux antiémétiques habituels, hospitalisation prolongée
SécuritéEviter avant SA 10 (signal fente labio-palatine au 1er T). À partir de SA 10 : usage possible. Risque propre corticoïdes (diabète, HTA, infection)

Gingembre — médecine complémentaire

✓ Gingembre (Zingiber officinale)
Le gingembre à la dose de 250 mg x 4/j (1 g/j) a montré une efficacité supérieure au placebo dans plusieurs essais contrôlés. Il constitue une option sûre de 1re intention, particulièrement pour les patientes souhaitant limiter les médicaments. Aucune tératogénicité démontrée.
⚠ Médicaments à éviter
  • Dompéridone : risque d'allongement QT, déconseillé en grossesse
  • AINS, aspirine : contre-indiqués à partir de SA 24
  • Acide valproïque : tératogène majeur
  • Triptans (sauf avis spécialisé)

Critères d'hospitalisation

📍 Indications d'hospitalisation
  • Perte de poids ≥ 5 % du poids pré-gestationnel
  • Déshydratation clinique (sécheresse muqueuses, pli cutané, hypotension orthostatique)
  • Cétonurie ≥ 2 + à la bandelette
  • Score PUQE ≥ 13
  • Troubles hydro-électrolytiques (hypokaliémie, hyponatrémie)
  • Insuffisance rénale fonctionnelle
  • Échec du traitement ambulatoire bien conduit
  • Doute diagnostique (urgence chirurgicale)
  • Contexte social ou psychiatrique nécessitant surveillance

Prise en charge hospitalière

Réhydratation intraveineuse

  1. Soluté de référence : NaCl 0,9 % (sérum physiologique)
    1000–2000 mL/24 h selon déshydratation. Eviter le sérum glucosé en 1re intention (risque Wernicke si B1 non supplémentée)
  2. Supplémentation potassique (KCl)
    Systématique si kaliémie < 3,5 mEq/L. KCl selon kaliémie, jamais en IVD direct
  3. Thiamine (Vitamine B1) — OBLIGATOIRE
    100–300 mg IV/j pendant au moins 3 jours avant tout apport glucosé. Prévention encéphalopathie de Wernicke

Antiémétiques par voie IV

MédicamentPosologie IVRemarque
Métoclopramide10 mg x 3/j IV lenteMax 5 j — syndromes extrapyramidaux
Métopimazine5–10 mg IVBolus lent
Ondansétron4–8 mg x 2–3/j IVECG (QT), 2e ligne
Prométhazine12,5–25 mg IV / IMSédation, discordances sécurité
Méthylprednisolone16 mg x 3/j IVHG réfractaire, après SA 10

Nutrition

🍽 Stratégie nutritionnelle par paliers
  1. Voie orale fractionnée dès que possible (aliments froids, petites quantités)
  2. Nutrition entérale par sonde naso-gastrique si échec voie orale prolongé (> 3–5 j)
  3. Nutrition parentérale totale (NPT) en dernier recours : risque infectieux, thrombotique — équipe spécialisée

Critères de sortie

Indications de l'hospitalisation à domicile (HAD)

L'HAD peut être proposée en alternative à l'hospitalisation conventionnelle pour les patientes stables nécessitant une réhydratation IV ou un suivi rapproché, avec un entourage favorableˇ. Elle améliore le vécu et réduit le coût de prise en charge.

Complications maternelles

ComplicationMécanismePrévention / CAT
Encéphalopathie de WernickeCarence thiamine (B1) aggravée par apports glucosés sans B1Thiamine IV systématique avant glucosé
Syndrome de Mallory-WeissLacérations cardio-œsophagiennes sur vomissements répétésAntiémétiques efficaces, IPP
Rupture œsophagienne (Boerhaave)Hyperpression abdominaleRARE — urgence chirurgicale
Pneumomédiastin, emphysème sous-cutanéPerforation œsophagienneImagerie thoracique si douleur thoracique
Hypokaliémie sévèrePertes digestives, arythmiesSupplémentation KCl IV
Insuffisance rénale fonctionnelleDéshydratation sévèreRéhydratation rapide
Pneumopathie d'inhalationVomissements chez patiente en décubitusPosition demi-assise
Dénutrition sévèreApports caloriques insuffisants prolongésNutrition entérale précoce
Syndrome de renutritionRéalimentation trop rapide après dénutritionSurveiller phosphore, renutrition progressive
Thrombose veineuse profondeAlitement, déshydratationBas de contention, HBPM si haut risque

Encéphalopathie de Wernicke — Focus

⚠ URGENCE NEUROLOGIQUE
Triade classique (incomplète dans 10 % des cas) :
  • Confusion, troubles de la conscience
  • Ophtalmoplégie, nystagmus
  • Ataxie cérébelleuse
Traitement d'urgence :
  • Thiamine (B1) 200–500 mg IV x 3/j en urgence
  • Avant tout apport glucosé
  • Minimum 3–5 jours IV
  • IRM cérébrale : hypersignal T2 corps mamillaires
  • Avis neurologique urgent

Complications fœtales / néonatales

⚠ Retentissement foetal de l'HG sévère
  • Retard de croissance intra-utérin (RCIU) si HG sévère et prolongée
  • Prématurité (induite par HG réfractaire)
  • Petit poids de naissance
  • Les NVG légères à modérées ne sont PAS associées à des complications fœtales
  • L'HG bien prise en charge ne majore pas significativement le risque périnatal

Impact psychologique & qualité de vie

L'HG est responsable d'une détérioration majeure de la qualité de vie : arrêt de travail fréquent, impact relationnel, risque de dépression anténatale. La prévalence de l'état de stress post-traumatique après HG sévère est estimée à 18 %. Une prise en charge psychologique doit être systématiquement proposée.

💬 Ressources pour les patientes
Informer sur les associations de patientes (ex : Hyperemesis Education & Research Foundation). Le soutien par des pairs améliore le vécu et réduit le sentiment d'isolement souvent rapporté dans cette pathologie sous-diagnostiquée.

Cas cliniques interactifs

Trois situations cliniques représentatives. Lisez la vignette, répondez aux questions, puis révélez la correction.

CAS 1 NVG du 1er trimestre — Prise en charge ambulatoire ★☆☆ Niveau 1
Mme A., 28 ans, G1P0, consulte à 8 SA pour nausées persistantes depuis 2 semaines. Elle vomit 2 à 3 fois par jour, surtout le matin. Elle peut manger des aliments froids en petites quantités. Pas de fièvre, pas de douleur abdominale. Poids stable (perte de 0,5 kg). BU : cétonurie 1+. PUQE calculé : 8/15. Échographie : grossesse monofœtale évolutive, 8 SA, vitalité conservée.
❓ Q1 — Quel est votre diagnostic et votre classification ?
NVG modérées (PUQE 7–12). Pas d'hyperémèse gravidique : perte de poids < 5 %, pas de déshydratation clinique, cétonurie modérée (1+). Absence de fièvre et de signe d'organicité. Grossesse simple évolutive confirmée à l'échographie.
❓ Q2 — Quelle prise en charge proposez-vous ?
Prise en charge ambulatoire :
• Mesures hygiéno-diététiques : fractionner les repas (6–8 prises/j), aliments froids, éviter odeurs fortes, séparer solides et liquides.
• Gingembre 250 mg x 4/j (1 g/j).
• Pyridoxine (vitamine B6) 10–25 mg x 3/j.
• Si insuffisant : doxylamine 10 mg + pyridoxine 10 mg (LP) : 2 cp au coucher ± 1 cp midi.
• Réévaluation clinique à 48–72 h (pesée, BU, PUQE).
• Arrêt de travail si retentissement professionnel (justifié et documenté).
❓ Q3 — Quels critères motiveraient une hospitalisation ?
Hospitalisation si : perte de poids ≥ 5 % du poids pré-gestationnel · déshydratation clinique · cétonurie ≥ 2+ · hypokaliémie ou hyponatrémie · PUQE ≥ 13 · échec du traitement ambulatoire bien conduit · doute sur cause organique (appendicite, pyélonéphrite, môle hydatiforme).
CAS 2 Hyperémèse gravidique sévère — Hospitalisation et complications ★★☆ Niveau 2
Mme B., 32 ans, G2P1 (ATCD : HG lors de la 1re grossesse), admise aux urgences à 10 SA pour vomissements incoercibles depuis 3 semaines malgré métoclopramide oral bien suivi. Perte de poids : 5,5 kg (7 % du poids pré-gestationnel). Langue sèche, pli cutané présent, tachycardie à 105 bpm. BU : cétonurie 3+, protéinurie négative. Biologie : Na⁺ 131 mEq/L, K⁺ 2,9 mEq/L, créatinine 95 µmol/L, ALAT 58 UI/L, TSH 0,08 mUI/L, T4 libre normale haute. PUQE : 14/15.
❓ Q1 — Interprétez le bilan biologique.
Hyperémèse gravidique sévère avec :
Hyponatrémie (131 mEq/L) et hypokaliémie (2,9 mEq/L) : pertes digestives + apports insuffisants.
Insuffisance rénale fonctionnelle légère (créatinine 95 µmol/L) : déshydratation.
Cytolyse hépatique modérée (ALAT 58 UI/L) : fréquente dans l'HG, réversible.
TSH basse, T4 libre normale haute : hyperthyroïdie gestationnelle transitoire liée à l'hCG — NE nécessite PAS de traitement antithyroïdien (pas de Basedow, pas de signes cliniques d'hyperthyroïdie franche).
• Cétonurie 3+ : jeûne prolongé et catabolisme.
❓ Q2 — Détaillez votre plan de prise en charge hospitalière.
1. Voie veineuse périphérique :
Thiamine (B1) 200 mg IV IMMÉDIATEMENT avant tout apport glucosé (prévention encéphalopathie de Wernicke).
• Réhydratation : NaCl 0,9 % 1000–1500 mL/24h ± KCl selon kaliémie (jamais en IVD).
• Surveillance ionogramme toutes les 24 h.

2. Antiémétiques IV :
• Métoclopramide 10 mg x 3/j IV lente (max 5 j).
• Si insuffisant : ondansétron 4–8 mg IV x 2/j (ECG préalable — QT).

3. Nutrition :
• Reprise progressive per os dès que possible.
• Si échec à 48–72 h : nutrition entérale par SNG à envisager.

4. Surveillance :
• Poids quotidien, bilan entrées/sorties, BU/24h.
• Ionogramme, créatinine, bilan hépatique à 48 h.
• Monitoring fœtal : écho de contrôle à J3–J5.
❓ Q3 — À quel moment suspecteriez-vous une encéphalopathie de Wernicke ?
Devant l'apparition de confusion / agitation, troubles oculomoteurs (nystagmus, diplopie, paralysie du VI) et/ou ataxie cérébelleuse chez une patiente avec HG ≥ 3 semaines.

CAT immédiate : Thiamine 200–500 mg IV x 3/j en urgence — avant toute perfusion glucosée. IRM cérébrale (hypersignal T2 bilatéral symétrique des corps mamillaires et du thalamus). Avis neurologique urgent. Ne pas attendre le résultat du dosage de la thiaminémie pour traiter.
CAS 3 Vomissements atypiques — Piège diagnostique ★★★ Niveau 3
Mme C., 24 ans, G1P0, se présente à 14 SA pour vomissements apparus il y a 5 jours, en recrudescence. Elle signale des douleurs épigastriques irradiant dans le dos, une fièvre à 38,2 °C et une diarrhée depuis 48 h. Elle n'a pas eu de nausées au 1er trimestre. Examen : sensibilité épigastrique et de l'hypochondre gauche, défense absente. BU : normale. β-hCG : 6 200 UI/L (confirmé évolutif par échographie à J-15). Grossesse monofœtale à 14 SA confirmée.
❓ Q1 — Ce tableau vous évoque-t-il des NVG classiques ? Pourquoi ?
Non. Plusieurs éléments sont atypiques et doivent faire évoquer une cause organique :
Début tardif (14 SA) : les NVG débutent avant SA 10 et s'améliorent après SA 12–14.
Fièvre (38,2 °C) : jamais un signe de NVG.
Douleur épigastrique irradiant dans le dos avec diarrhée : évoque une pathologie pancréatique ou biliaire.
Absence de nausées au 1er trimestre : inhabituel.
• β-hCG à 6 200 UI/L à 14 SA : valeur normale, pas d'argument pour une grossesse molaire.
❓ Q2 — Quel diagnostic évoquez-vous en priorité ? Quel bilan ?
Diagnostic prioritaire : Pancréatite aiguë sur lithiase biliaire (la cause la plus fréquente de pancréatite aiguë chez la femme enceinte).

Bilan en urgence :
Lipasémie (élévation ≥ 3N = pancréatite aiguë) — clé diagnostique.
• NFS — CRP — ionogramme — transaminases — bilirubine — GGT — PAL (cholestase biliaire associée ?).
Échographie abdominale : lithiase vésiculaire ± dilatation voie biliaire principale, aspect du pancréas.
• Créatinine, glycémie (complications de la PA).

Diagnostics alternatifs à ne pas méconnaître : appendicite aiguë sous-hépatique, pyélonéphrite aiguë droite, occlusion intestinale, hépatite virale.
❓ Q3 — Quelle est la conduite à tenir si la pancréatite est confirmée ?
Hospitalisation en milieu spécialisé (médecine interne ou gastro-entérologie + obstétrique) :
Mise à jeun stricte initiale (24–48 h) puis renutrition progressive.
• Réhydratation IV (NaCl 0,9 % ou Ringer lactate).
• Antalgiques : paracétamol IV ± opioïdes faibles si nécessaire (éviter AINS).
• Surveillance biologique rapprochée (lipase, NFS, ionogramme, glycémie).
Monitoring fœtal : rythme cardiaque fœtal quotidien.
• Si lithiase biliaire confirmée : cholécystectomie laparoscopique différée au 2e trimestre (risque de récidive élevé).
• Score de gravité (Ranson modifié, BISAP) pour stratifier le risque.
• Antiémétiques IV si vomissements persistants (métoclopramide, ondansétron).

Message clé : tout vomissement débutant après SA 10, accompagné de fièvre ou de douleur abdominale, impose d'éliminer une urgence chirurgicale ou médicale avant de retenir le diagnostic de NVG.